![]() |
Dans le monde, il y a des gens intelligents.
Et puis, il y a moi.
S'il m'arrive parfois d'avoir des éclairs de lucidité, je suis aussi capable de devenir une insupportable pécore, hautaine, prétentieuse et condescendante. Foncièrement stupide. Si, si.
Tout simplement parce que je n'arrive plus à supporter que la majorité de mes collègues ne maitrisent pas les bases du métier.
Quand je parle de bases, je parle de bases.
Faire une recherche documentaire en connaissant l'usage et l'utilité des troncatures, des opérateurs booléens, des vedettes matière, les filtres. En sachant ce qu'est le bruit et le silence, comment on y arrive et vers quoi il vaut mieux tendre en fonction de la recherche que l'on fait.
Savoir expliquer aux usagers comment utiliser un catalogue informatisé, un portail, ce qu'ils peuvent y faire.
Couvrir un livre. Oui, j'ai une collègue qui est incapable de faire cela après plusieurs années de travail en bib. Pas faute d'avoir essayé de lui apprendre.
Je ne parle pas de veille ou de politique documentaire, de programmation culturelle et de partenariats, hein. Juste la base.
Bref, ces gens qui ne savent rien, je commence toujours par les encourager, les aider, les former, les supporter (dans tous les sens du terme), mais à la fin, je n'en peux plus.
Parce qu'on n'arrive pas à avancer. Le moindre chantier qui, dans une équipe de bibliothécaires de métier, prendrait une semaine, peut se transformer en usine à gaz de plusieurs mois, tout simplement parce que la moitié de l'équipe ne sait pas de quoi on parle, et encore moins pourquoi on le fait.
Je deviens une espèce de monstre de glaciale indifférence qui, de l'avis général - même le mien - se croit tout droit sorti de la cuisse de Jupiter. Incapable de s'adapter aux champs d'intérêts et aux compétences propres de mes collègues. Cela parce que nous ne parlons tout simplement pas le même langage.
Je dois m'adapter ? Oui, bien sûr. Mais pourquoi serait-ce toujours et systématiquement à moi de faire le chemin ? Suis-je donc dans mon tort de considérer comme normal que les bibliothécaires doivent savoir faire un travail de bibliothécaire ?
Je ne parle pas des autres corps de métier intégrés volontairement dans les bib, dont les missions ne sont pas les mêmes.
Je parle de ceux, évoqués dans cet article, qui sont parachutés en bib sans savoir ce qui les y attend, en lieu et place de professionnels.
En tenant ce discours, j'ai l'impression d'incarner une mouvance traditionaliste, régressive et réactionnaire de notre métier. Le FN des bibliothèques, quoi.
Cela me rend malade. Parce que je ne suis pas FhaiNeuse.
Je sais, d'expérience, tout le bien que peut apporter un collègue issu d'un autre métier.
Mais trop, c'est trop.
Si sur ma fiche de poste, comme sur celles de mes confrères et consoeurs expérimentés, il était indiqué que nous passons 20% de notre temps de travail à former nos collègues débutants, je me porterai mieux, mes collègues se porteraient mieux, les services que l'on rend au public se porteraient mieux. Tout le monde serait content.
Sauf que, quelle bibliothèque aujourd'hui peut s'offrir le luxe de payer un bibliothécaire à former ses collègues en continu ? Laissez-moi répondre : à peu près aucune.
Aujourd'hui, je suis découragée. Je n'ai plus envie de travailler en bibliothèque.
Je me déteste, pour les sentiments que j'éprouve envers des gens qui n'ont rien fait de mal (
Je suis détestée, parce que je ne peux pas m'empêcher de dire ce que je pense du manque de qualifications de mes collègues. Il ne s'agit ni de les insulter personnellement, ni de les rabaisser, mais de souligner, à chaque fois, à quel point on manque de compétences et combien cela coûte au service rendu à la population.
Bref, vous l'aurez compris, ce billet est un ramassis des pleurnicheries d'une fille qui se lamente sur son sort. Passez donc votre chemin.
Ah, c'est fini ? Tant pis pour vous... ;)
Pour s'informer un peu plus intelligemment sur la question de l'acquisition des compétences en bibliothèque, je vous conseille différentes ressources venues tout droit du dernier congrès de l'ABF, dont le thème était justement « Nouveaux profils, nouvelles compétences » :
- la présentation slideshare de Dominique Lahary sur "Le métier, les métiers, les formations pour être bibliothécaire", éclairante sur la stupidité abyssale des modalités d'accès aux métiers des bibliothèques,
- la vidéo de la conférence intitulée Comment acquérir les compétences, avec de gros morceaux d'Anne-Gaëlle Gaudion et son extraordinaire sens pratique dedans, pour faire acquérir des compétences en jeu vidéo aux bibliothécaires qui n'y connaissent rien,
- ainsi que la table ronde animée par Lionel Dujol (Lioneeeeeeel !*) dans « Les sujets qui fâchent », La politisation des rapports professionnels, où de nombreuses personnes ont témoigné de leurs expériences parfois ubuesques dans leurs rapports avec les politiques, et aussi aux solutions qu'ils ont pu trouver. A 1h 13mn et 20 secondes, les voyeurs (ou plutôt entendeurs), pourront d'ailleurs voir à quoi je ressemble. Vocalement.
*ceci est le cri de la Bouille dans la nuit, à la recherche d'une médiation numérique digne de ce nom en bibliothèque




