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mardi 3 mars 2015

Pauvre petite bête égarée







« Je trouve un peu fort de Clooney qu'on essaie de me faire entendre que le nom donné par mes parents à ma naissance n'aura été qu'un provisoire pis-aller en attendant que la pauvre petite bête égarée se soit trouvée un maître affectueux. »
Source : http://blog.francetvinfo.fr/ladies-and-gentlemen/2012/12/20/je-nai-pas-de-nom-de-jeune-fille-jai-un-nom-et-puis-cest-tout.html
Je salue bien bas cette petite phrase de l'auteure du blog Ladies and Gentlemen. Je n'aurais pu faire mieux.


Aujourd'hui, nous allons donc parler des noms de famille.

La grande majorité des gens ignore totalement un fait simple : le nom que nos parents nous donnent à notre naissance reste notre nom toute notre vie.
Que nous décidions de nous marier, ou pas.
Que nous soyons une femme ou un homme.
Que nous épousions une femme ou un homme.

La loi française sur les noms de famille indique que le nom de naissance est le nom légal de tout individu, et qu'il est possible de porter en sus un nom d'usage, en cas de mariage. Ce nom d'usage peut être notre nom associé à celui du conjoint, ou être celui du conjoint seul. Et ce, dans tous les cas de figure, que l'on soit de sexe mâle ou femelle.
Mon ami le site ServicePublic.fr indique clairement la chose : « Après le mariage, chaque époux a la possibilité d'utiliser le nom de l'autre. Cette utilisation d'un nom d'usage est totalement facultative et n'a aucun caractère automatique. »

C'est simplissime, n'est-ce pas ? 
Mais alors, dites-moi, comment se fait-il qu'une fois sur une - dans le meilleur des cas, neuf fois sur dix - les gens m'appellent par le nom de mon époux ?
Comment se fait-il que 90% des femmes que je connais considèrent que changer leur nom au mariage est une évidence, une chose qui va de soi ?
Comment se fait-il que lorsqu’on les interroge sur le pourquoi de cette habitude – en admettant qu’elles se soient posé la question et qu’elles sachent que c’est une habitude et non une obligation -, elles répondent avec ferveur que c’est une preuve d'amour pour leur époux ?...
... Si cette assertion reflétait la vérité, on pourrait sans conteste affirmer que presque tous les hommes n'aiment pas leurs épouses, puisqu'ils ne portent pas leurs noms. Un peu « fort de Clooney », n'est-ce pas ?
Alors, bon sang, pourquoi ?


Et bien, je vais vous dire pourquoi (comme disait l'autre) : parce que la société française est basée légalement, historiquement et socialement sur le code civil de Napoléon, pondu au début du 19e siècle. Et que ce code civil, tout révolutionnaire qu'il fût dans d'autres domaines juridiques, était d'un sexisme confondant.
La femme, dans le code napoléonien était une mineure légale en toute circonstance (sauf en cas de veuvage...) et restait sous la tutelle juridique de son père, son frère ou son mari toute sa vie. Elle n'avait aucun droit sur ses biens propres, qui passaient des mains de sa famille à celles de son époux, et ne pouvait rien accomplir sans l'aval de son tuteur légal.
Jusqu’aux années 1970, grosso modo, une femme ne pouvait pas travailler sans l’autorisation expresse de son époux, et si elle le faisait, elle ne pouvait ouvrir de compte en banque ni gérer l’argent qu’elle gagnait sans cette même autorisation.
D’où ce changement de nom au mariage : puisqu’une femme n’était jamais majeure aux yeux de la loi, elle devenait, si ce n’est la propriété (ne poussons pas…), du moins la pupille de l’homme qu’elle épousait.


Continuer à remplacer son nom de naissance par le nom de son mari aujourd’hui, sans y réfléchir ne serait-ce que quelques minutes, est à mes yeux une perpétuation incompréhensible de cette aliénation.

Je connais deux couples mariés dans lequel les deux époux portent les deux noms. Et sur les deux couples, l'un est homosexuel (merci de montrer la voie !). Je connais un seul autre couple marié semblable au mien, où les époux portent chacun leur nom respectif. Mais ces exemples restent encore trop rares, alors que c'est cette variété de situations qui devrait être la norme, et non le port systématique du nom du père pour tous les membres d'une même famille.

Je connais une femme, une seule, qui a réfléchi avant de porter le nom de son époux en nom d’usage. Elle avait une raison de le faire, qui n’appartient qu’à elle et ne regarde personne,  mais elle avait une raison. Une seule femme sur toutes celles que je connais…


Quand mes interlocuteurs apprennent donc que mon nom est le mien (ô stupéfaction !), il se passe des choses intéressantes :
1.      Ils demandent : « ah ? Vous n’êtes pas mariée ? »... Accablé En général, si le sujet est entré dans la conversation, c'est qu'il y a forcément un moment où j'ai précisé que je ne portais pas le nom de mon mari... De plus, je porte une alliance. D’accord, ça ne veut rien dire dans l’absolu, mais c’est tout de même explicite (surtout que je ne porte rien d’autre aux doigts). Je ne vais quand même pas me balader avec un extrait d’acte de mariage toute la sainte journée.... J’ai expérimenté pendant plusieurs années le fait de me voir nommée Mademoiselle dans les courriers et ordonnances d’un médecin qui n’a jamais voulu entendre que j’étais mariée sans changer de nom. La mention Madame n’est apparue dans ses écrits qu’avec la disparition officielle du Mademoiselle.

2.      Ils s’exclament : « Pourquoi ne voulez-vous pas prendre le nom de votre mari ? ». Ce à quoi je réponds invariablement : « Pourquoi ne demandez-vous pas à mon mari pourquoi il n’a pas pris mon nom ? ». Ce qui a le mérite de clouer le bec à une partie d’entre eux. Si ça intéresse quelqu’un, mon mari ne l’a pas fait parce qu’il ne voyait pas pourquoi il porterait un autre nom que le sien. Comme c’est étonnant, mon argument est le même ! Mais quand il s’agit de lui, tout le monde trouve cela normal. Quand il s'agit de moi... Mon propre père a été choqué d'apprendre que je continuerai à porter mon nom. Bon, quand je lui ai demandé si cela ne lui faisait pas plaisir que je perpétue le sien, il n'a plus rien dit... (Gniark gniark !).

3.      Ils conseillent, tout fiers de leur supposée modernité : « Vous pourriez porter les deux noms. » Certes, je pourrais. Mon mari le pourrait aussi. Il ne le fait pas… Moi non plus.


J'ai une anecdote personnelle qui date d'il y a quelques semaines à peine. Je présente à l'entrée d'un hôpital pour mon inscription, trois papiers : ma carte vitale, ma carte de mutuelle et ma carte d'identité. Mon nom est indiqué sur les trois papiers, et sur l'un d'eux seulement est mentionné, en sus et à titre d'information, le nom de mon mari. Devinez sous quel nom j'ai été enregistrée à l'hôpital ?
...
Oui. Celui de mon mari.

Alors qu'on ne vienne pas me dire que je reviens à de vieilles badernes et que le sujet n'a plus lieu d'être. Je suis la première surprise de la nécessité de revenir sans cesse dessus.
J'existe socialement, politiquement, économiquement par moi-même. Je suis responsable de mes actes, et je les assume.
Oh, je vois d'ici les détracteurs : tu n'aimes pas les hommes et tu penses pouvoir vivre sans eux, Bouille, espèce de sexiste misandre. Ben, non, en fait, j'aime les hommes. Beaucoup même. J'aime travailler avec eux, déjà, plus qu'avec les femmes. Et puis je les aime pour d'autres raisons, dont certaines n'ont pas à être évoquées en ce lieu public... Et je ne pense pas pouvoir vivre sans l'autre moitié de l'humanité.
Vivre sous la coupe de l'autre sexe, c'est cauchemardesque. Vivre sans lui, c'est épouvantable. Vivre avec lui, c'est la plus belle chose qui existe.


Chaque homme et chaque femme est libre de faire comme bon lui semble. La seule condition que j’y mettrais, c’est de se donner la peine de réfléchir à la question. Quelle image veut-on donner à nos proches, à nos enfants ? Que veut-on transmettre aux générations qui viennent ?

Alors, cher lectrice, cher lecteur, s'il te plaît, si toi ou un de tes proches décide de se marier, réfléchis - y. Pense à ta place et à celle de l'autre dans notre société, à l'image que tu donnes de toi et de ton genre au reste du monde. Et prends ta décision en connaissance de cause... et de conséquence.

jeudi 21 août 2014

Naissance d'une féministe

La galère. Dans tous les sens du terme.

Le féminisme n'est pas une maladie. C'est une prise de conscience. 
Qui vient soit naturellement aux gens intelligents, soit après un incident particulièrement marquant.

A l'âge de quinze ans, je passais quelques jours de vacances à bord d'un très beau catamaran amarré dans un port atlantique français. Ce catamaran était presque complètement équipé, et la première sortie d'essai officielle allait avoir lieu très vite. Parce que le capitaine responsable de l'équipement final du navire était de ma famille, nous avions pu y séjourner. Quelle chance !

Par ailleurs, ledit capitaine possédait dans le même port un petit voilier monocoque, avec lequel il nous avait régalé d'une sortie en mer. Bref, tout se passait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Jusqu'au jour où la sortie officielle du catamaran eut lieu. Cette sortie se faisait en présence des huiles, les armateurs et propriétaires du bateau. En tant que parasites familiaux, notre place n'y était pas, naturellement. Nous restions donc à terre le temps de cette sortie.
Sauf que.

Sauf que mon frère fit cette sortie. 

Pourquoi ? Parce qu'il était plus âgé et qu'il pouvait passer pour un marin embauché pour l'occasion ? Non, il est plus jeune que moi.
Parce qu'il s'était caché dans un coin et s'était fait oublier le temps de la sortie ? Non, il était sur le pont comme tout le monde. Sage et silencieux, mais parfaitement visible.
Vous savez pourquoi il a eu le droit de monter sur ce bateau ? 
PARCE QUE C'EST UN GARÇON.
Le capitaine m'a expliqué qu'il pouvait monter parce que qu'il ne dérangerait personne, alors que moi... Moi quoi ? 
Moi, je suis une fille. Et la seule femme qui avait le droit de monter sur le catamaran ce jour-là, c'était sa compagne, titulaire d'un brevet de capitaine en bonne et due forme. 
Parce que les femmes, sauf exception tout juste tolérée, n'ont pas leur place sur les navires.
Pour l'anecdote, ma mère est également restée à terre ce jour là. Mon père eût été présent, nul doute qu'il serait monté à bord.

Ce jour là, je fis ma plus grosse crise d'adolescence. Je partis durant des heures pour pleurer, tempêter et déprimer dans un coin sombre. Ma mère me chercha partout, et ce fut sans doute la seule fois où je lui donnai du fil à retordre.


Cette histoire m'a marquée pour la vie. Parce que je ne m'y attendais pas le moins du monde. Pour moi, il était évident que nous n'avions rien à faire sur ce navire le jour de sa sortie officielle, et que donc, tout le monde restait à terre. 

Rien ne m'aurait permis de penser qu'il y aurait deux poids et deux mesures sous prétexte qu'une partie d'entre nous était dotée des seins et l'autre, de testicules.

Lorsque je me penche sur les raisons de mon féminisme, tout me ramène à ce souvenir. L'injustice la plus profonde. L'iniquité la plus criante, au sein de la même famille. Pour quoi ? Pour un sexisme millénaire basé sur des croyances moyenâgeuse (pardon le Moyen âge). Une honte absolue.


Alors, dans ce blog de bibliothécaire, vous trouverez aussi, de temps à autres, des articles sur ce sujet, sous le libellé "féminisme".

samedi 26 juillet 2014

Acquisitions des compétences : billet de (mauvaise) humeur


Dans le monde, il y a des gens intelligents. 
Et puis, il y a moi.
S'il m'arrive parfois d'avoir des éclairs de lucidité, je suis aussi capable de devenir une insupportable pécore, hautaine, prétentieuse et condescendante. Foncièrement stupide. Si, si.
Tout simplement parce que je n'arrive plus à supporter que la majorité de mes collègues ne maitrisent pas les bases du métier.

Quand je parle de bases, je parle de bases.
Faire une recherche documentaire en connaissant l'usage et l'utilité des troncatures, des opérateurs booléens, des vedettes matière, les filtres. En sachant ce qu'est le bruit et le silence, comment on y arrive et vers quoi il vaut mieux tendre en fonction de la recherche que l'on fait.
Savoir expliquer aux usagers comment utiliser un catalogue informatisé, un portail, ce qu'ils peuvent y faire.
Couvrir un livre. Oui, j'ai une collègue qui est incapable de faire cela après plusieurs années de travail en bib. Pas faute d'avoir essayé de lui apprendre.
Je ne parle pas de veille ou de politique documentaire, de programmation culturelle et de partenariats, hein. Juste la base.

Bref, ces gens qui ne savent rien, je commence toujours par les encourager, les aider, les former, les supporter (dans tous les sens du terme), mais à la fin, je n'en peux plus. 
Parce qu'on n'arrive pas à avancer. Le moindre chantier qui, dans une équipe de bibliothécaires de métier, prendrait une semaine, peut se transformer en usine à gaz de plusieurs mois, tout simplement parce que la moitié de l'équipe ne sait pas de quoi on parle, et encore moins pourquoi on le fait.
Je deviens une espèce de monstre de glaciale indifférence qui, de l'avis général - même le mien - se croit tout droit sorti de la cuisse de Jupiter. Incapable de s'adapter aux champs d'intérêts et aux compétences propres de mes collègues. Cela parce que nous ne parlons tout simplement pas le même langage.

Je dois m'adapter ? Oui, bien sûr. Mais pourquoi serait-ce toujours et systématiquement à moi de faire le chemin ? Suis-je donc dans mon tort de considérer comme normal que les bibliothécaires doivent savoir faire un travail de bibliothécaire ?

Je ne parle pas des autres corps de métier intégrés volontairement dans les bib, dont les missions ne sont pas les mêmes. 
Je parle de ceux, évoqués dans cet article, qui sont parachutés en bib sans savoir ce qui les y attend, en lieu et place de professionnels.

En tenant ce discours, j'ai l'impression d'incarner une mouvance traditionaliste, régressive et réactionnaire de notre métier. Le FN des bibliothèques, quoi. 
Cela me rend malade. Parce que je ne suis pas FhaiNeuse. 
Je sais, d'expérience, tout le bien que peut apporter un collègue issu d'un autre métier.
Mais trop, c'est trop.

Si sur ma fiche de poste, comme sur celles de mes confrères et consoeurs expérimentés, il était indiqué que nous passons 20% de notre temps de travail à former nos collègues débutants, je me porterai mieux, mes collègues se porteraient mieux, les services que l'on rend au public se porteraient mieux. Tout le monde serait content.
Sauf que, quelle bibliothèque aujourd'hui peut s'offrir le luxe de payer un bibliothécaire à former ses collègues en continu ? Laissez-moi répondre : à peu près aucune.

Aujourd'hui, je suis découragée. Je n'ai plus envie de travailler en bibliothèque.
Je me déteste, pour les sentiments que j'éprouve envers des gens qui n'ont rien fait de mal (ils n'ont juste rien fait).
Je suis détestée, parce que je ne peux pas m'empêcher de dire ce que je pense du manque de qualifications de mes collègues. Il ne s'agit ni de les insulter personnellement, ni de les rabaisser, mais de souligner, à chaque fois, à quel point on manque de compétences et combien cela coûte au service rendu à la population.

Bref, vous l'aurez compris, ce billet est un ramassis des pleurnicheries d'une fille qui se lamente sur son sort. Passez donc votre chemin.
Ah, c'est fini ? Tant pis pour vous... ;)



Pour s'informer un peu plus intelligemment sur la question de l'acquisition des compétences en bibliothèque, je vous conseille différentes ressources venues tout droit du dernier congrès de l'ABF, dont le thème était justement « Nouveaux profils, nouvelles compétences » :
  • la présentation slideshare de Dominique Lahary sur "Le métier, les métiers, les formations pour être bibliothécaire", éclairante sur la stupidité abyssale des modalités d'accès aux métiers des bibliothèques,
  • la vidéo de la conférence intitulée Comment acquérir les compétences, avec de gros morceaux d'Anne-Gaëlle Gaudion et son extraordinaire sens pratique dedans, pour faire acquérir des compétences en jeu vidéo aux bibliothécaires qui n'y connaissent rien,
  • ainsi que la table ronde animée par Lionel Dujol (Lioneeeeeeel !*) dans « Les sujets qui fâchent », La politisation des rapports professionnels, où de nombreuses personnes ont témoigné de leurs expériences parfois ubuesques dans leurs rapports avec les politiques, et aussi aux solutions qu'ils ont pu trouver. A 1h 13mn et 20 secondes, les voyeurs (ou plutôt entendeurs), pourront d'ailleurs voir à quoi je ressemble. Vocalement.

*ceci est le cri de la Bouille dans la nuit, à la recherche d'une médiation numérique digne de ce nom en bibliothèque

lundi 14 juillet 2014

La vision bleue : une débutante au congrès de l'ABF

 


La bleue, c'est moi
J'étais une bleue. Une chaste pucelle. Une vierge (pas vraiment effarouchée).

Et, pauvre de moi, je suis allée au congrès de l'ABF. 
Pas l'Association des Brasseurs Français, non. L'Association des Bibliothécaires de France. Quoique par certains aspects, hein... (Mais j'y reviendrai) (à ces aspects) (si, j'insiste).

Donc, en cet an de grâce 2014 après le type qui n'est même pas né cette année là (c'était en - 3 ou 4 , d'après les sources), du 19 au 21 juin, le 60e congrès annuel de l'ABF s'est déroulé à Paris intra-muros, in extremis : 20 mètres plus loin, on était à Issy-les-Moulineaux.

Je suis membre de l'ABF, on m'a dit que c'était bien. Et j'avais eu grave les boules de ne pas pouvoir y mettre les pieds l'an dernier alors que le même évènement se déroulait à Lyon. Donc, j'y suis allée.


La bleue entre dans le temple  
Première impression : l'accueil. Les dames de l'accueil, dont tu découvres un peu plus tard qu'elles sont bibliothécaires comme toi, sont affables. Elles te donnent plein de brochures qui pèsent une tonne dans un tote-bag au chiffre de l'ABF (dont le catalogue de XXX, merci bien, mais je l'ai déjà au boulot...) ainsi que ce qui restera ensuite pendu à côté de ton bureau, tel un trophée, des mois (voire des années !) durant : ton badge de congressiste
Celui où ton nom et ta bibliothèque d'origine sont indiqués. Celui que ton interlocuteur regarde quand il n'a pas la moindre idée de qui tu es. 
Et parfois, cela ne l'aide pas du tout, parce qu'évidemment, sur mon badge, il n'était pas écrit : « Bouille, bibliothécaire forumeuse et atrabilaire bien connue de trois ou quatre clampins sur Agorabib » (non, je ne vous dirai pas ce qui était vraiment écrit).
Ce qui a donné des scènes tout à fait savoureuses avec quelques bibliothécaires qui essayaient de comprendre pourquoi ma conversation leur paraissait familière alors qu'ils ne m'avaient jamais vue.
Non, je ne donnerai pas de nom, parce que ce serait bas, petit, vil et mesquin. Or, je suis un digne pingouin. Mais si vous insistez, il se pourrait que je lâche un nom ou deux en commentaires...

 
La bleue travaille
Ensuite, j'ai suivi des conférences. Toutes les conférences auxquelles j'étais inscrite. Et, non, je ne suis pas partie en goguette faire des emplettes dans le marais pendant mon séjour parisien, comme me l'avait pourtant conseillé un collègue dont, pudiquement, je tairai le nom.
J'étais bien sagement assise dans le hall 5 de la Porte de Versailles, à écouter religieusement les intervenantes (il y avait bien quelques hommes, hein, mais pas beaucoup), à prendre des notes, et parfois même à poser des questions. 
Je suis un modèle de sérieux et d'application. 
Bon, en même temps je prenais quelques photos et je postais quelques commentaires sur Facebook. Mais quand même, hein, j'ai été raisonnable.
Les thématiques que j'ai suivies (l'acquisition des compétences et le travail avec les politiques) m'ont beaucoup intéressées. Je suis ou j'ai été confrontée à ces problématiques durant ma (encore courte) carrière, et j'ai reçu quelques réponses, qui, quand elles n'étaient pas applicables immédiatement, étaient au moins inspirantes.
Je me suis intéressée au travail de la commission legothèque, qui fait écho à des expériences vécues récemment dans l'établissement où je travaille, particulièrement sur l'inclusion des minorités sexuelles et la problématique du genre.
J'ai particulièrement apprécié la dernière table ronde sur la politisation des rapports professionnels, dans Les sujets qui fâchent, durant laquelle nous avons échangé nos expériences souvent invraisemblables, parfois effarantes, dans nos relations avec nos élus de tutelle. Un moment précieux de catharsis, mais aussi de réflexion sur les solutions à envisager pour éviter certaines situations.

 
La bleue observe
Bon, et puis je me suis baladée sur l'avenue dans les allées entre les conférences, lorgnant les stands de fournisseurs, tombant sur des gens connus que je ne pensais pas trouver si loin de chez eux, et faisant connaissance dans la vraie vie avec des gens que je connaissais non d’Ève et d'Adam, mais de Facebook et d'Agorabib, les nouveaux horizons sociaux du bibliothécaire. 
C'est un moment unique que de discuter aimablement avec un collègue rencontré sur le web mais jamais en vrai, et de l'entendre dire au bout d'un moment, alors qu'on évoque, entre autres, notre forum préféré : « hey, mais c'est toi, Bouille ? ». Et moi, acquiesçant, rougissante et balbutiante, un peu gênée aux entournures, tout de même... Mais aussi - soyons honnête - flattée.


J'ai également assisté à l'Assemblée Générale de l'ABF. Enfin, je suis arrivée 30mn en retard, mais vu que ça dure 2h30, hein...
J'ai trouvé intéressant de voir à quoi ressemblait le compte-rendu d'activité d'une asso aussi grande et aussi importante sur le plan national pour notre métier. 
De savoir que les subventions de l'état avaient tellement baissé que l'asso fonctionne désormais totalement à perte, en puisant dans ses réserves, et que cela ne s'améliorera que si plus de bibliothécaires y adhèrent.
De constater que les questions étaient posées dans le calme, que les débats étaient sereins, bref, que personne ne se tapait dessus en public.
De vérifier, à mon plus grand plaisir, que le bureau national de l'ABF n'a pas volé sa réputation humoristique, et que les interventions de la Ligue Majeure d'Improvisation étaient à mourir de rire. 
Une mention spéciale au faux commissaire aux comptes, évoquant la ligne 129 (?) du bilan comptable où il était question du paiement d'une troupe de Chippendales de plus de 1m90 pour l'anniversaire de la Présidente... Mais aussi à la fausse ABF, Association des Brasseurs Français, dont les deux membres ivres morts louaient les bienfaits de leur action. 
C'était vraiment très drôle.


La bleue a fêté ça...
En terminant son congrès par un demi, en terrasse, sous le soleil, avec des tas de gens sympathiques qu'elle n'avait jamais rencontré avant.
Elle espère bien recommencer une prochaine année.

Au fait, le thème de l'an prochain, à Strasbourg, sera La tension créatrice.
Accrochez-vous aux branches, ça va décoiffer !



Congrès ABF 2014



samedi 14 juin 2014

Un peu de pédagogie [1] : le désherbage en bibliothèque

Mais de quoi tu parles, Bouille ?


Une bibliothèque, c'est un bâtiment. Avec des murs, et un toit. Si.
Comme tout bâtiment, on n'entreprend pas tous les quatre matins de l'agrandir. D'abord parce que ça coûte un bras, un oeil et une réputation à une mandature, et ensuite parce que ça fait plein de saletés partout, tellement de saletés qu'il faut déménager son contenu durant les travaux (documents, usagers et bibliothécaires - quoique les derniers, hein, si on pouvait les ensevelir...).
Partant de ce constat, on comprendra donc un fait tout simple : on évite absolument d'avoir besoin d'agrandir trop souvent une bibliothèque.


Une bibliothèque, c'est aussi un lieu de vie culturelle, où on met à disposition des usagers une offre régulièrement actualisée. Genre, si on n'y trouve pas le dernier Marc Lévy, c'est qu'il y a vraiment un problème. Idem pour la dernière production de J.J. Abrams.
Donc, les bibliothèques disposent d'un budget annuel dit "d'acquisition", qui permettent aux bibliothécaires d'acheter des nouveautés. Il y a environ 270 000 livres qui sortent chaque année (je ne parle même pas des DVD et des CD...), et les bibliothécaires puisent dans ce vivier pour maintenir l'actualisation des fonds de la bibliothèque.

Vous voyez où je veux en venir ?
Si, si, je suis sûre que vous voyez.
Des murs qui ne bougent pas + des achats constants de nouveautés = ?
Au bout d'un moment, ça déborde. 
Tout simplement.

Donc, histoire d'éviter le débordement, il existe un truc de bibliothécaire. Cela s'appelle le désherbage. Le désherbage en bibliothèque, c'est le même qu'en jardinage : il s'agit d'enlever les mauvaises herbes.
Le chiendent et l'ortie de la bibliothèque, ce sont les livres abîmés, tâchés, déchirés, CD et DVD rayés ou cassés, et tous ceux au contenu obsolète ou qui ne présentent plus d'intérêt pour les usagers. 
Toutes les bibliothèques publiques désherbent (les patrimoniales un peu moins que les autres, certes).


Comment tu fais ça ? 

Réponse : difficilement.

Quand il y a un peu de mauvaises herbes, on y va brin d'herbe par brin d'herbe, et quand il y en a beaucoup, on utilise le roundup. Oui, le méchant truc de Monsanto qui désertifie les plates-bandes.
Il va sans dire que la deuxième solution est nettement plus radicale, et bien plus choquante à l'oeil nu et candide du péquin moyen.
Un bon bibliothécaire va donc, de préférence, utiliser la première solution : un désherbage progressif et continu, qui ôte peu à peu des collections ses rebuts. Grosso modo, il enlèvera autant de documents qu'il en a acheté dans l'année.

Le problème, c'est que pour se débarrasser de ces documents, il faut que le bibliothécaire en obtienne l'autorisation officielle. Une question de droit : on ne jette pas un bien public comme une peau de banane.
Pour cela, il faut faire passer en conseil municipal/intercommunal/général une délibération autorisant les bibliothécaires à effectuer le désherbage. On trouve un modèle de délibération sur le site de l'ADBDP. 

L'autre problème, c'est que cette autorisation est accordée - quand elle est accordée -  bien souvent au compte goutte, avec pléthore de questions suspicieuses sur le sort et la destination des documents désherbés, et pourquoi, et comment vous les choisissez, et puis, on ne jette pas un livre ! (ben non, on ne les jette pas : on les mange).

Il n'est donc pas rare que les bibliothécaires ne puissent se débarrasser officiellement de ces rebuts qu'une fois de temps en temps, et non de manière continue comme le bon sens le commanderait. Et que, par conséquent, ils doivent entasser pendant des mois - voire des années -, dans des coins improbables du bâtiment, des milliers de documents en attendant l'Autorisation. 
Et quand ils sortent enfin au grand jour, leur quantité impressionne. Alors, lorsqu'on les donne, on les vend ou on les jette, ils attirent immanquablement l'oeil du citoyen vertueux, qui, une fois sur deux, se met à pousser des cris d'orfraie. 
De préférence en présence d'un élu local...
Bref, le serpent se mord la queue.




Pour les non-bibliothécaires


A ceux qui seraient tombés en ces lieux par accident (citoyens lambda ou élus locaux), sachez que jeter un livre n'est pas un sacrilège
L'époque où l'objet livre était aussi précieux qu'un trésor est révolu : 
  • parce que l'édition est de nos jours pléthorique, 
  • et parce qu'on ne parle pas du contenu, mais du contenant.
Quand on met au recyclage une édition de 1964 de La peau de chagrin de Balzac, on ne jette pas l'oeuvre de Balzac. On jette un vieux détritus de  papier, abîmé par des décennies de consultation et de prêt par des centaines, voire des milliers de gens, et on le remplace par une édition neuve du même texte. En papier, ou en format numérique. Bref, l'oeuvre est intacte.
Un livre, dans une bibliothèque publique, est un bien commun, pas un bien personnel. Il n'a d'autre mission que son utilité. Il sera apprécié, parfois chéri, par un certain nombre de personnes, lecteurs et bibliothécaires. Mais il n'appartient en propre à personne.
Et puis, essayez donc de trouver l'utilité d'un livre sur la géographie de l'URSS des années 80 dans un fonds documentaire pour enfants. A part donner de fausses informations auxdits bambins, qui se taperont une tôle à leur exposé « parce que c'était écrit dans le livre de la bibliothèque »...

Pour les plus suspicieux quant à la légalité du désherbage, allez donc voir la fiche de l'ENSSIB sur le désherbage, dont voici un extrait :
« Depuis la publication du Code général de la propriété des personnes publiques en 2006, seuls « les documents anciens, rares ou précieux des bibliothèques » font désormais partie du domaine public [...]. Les autres documents, c’est-à-dire les collections courantes, principaux objets visés par les campagnes de désherbage, relèvent du domaine privé. Ils sont aliénables et peuvent donc être facilement retirés de la bibliothèque, à condition d’en établir une liste. »


Tiens, je suis bonne, je vous donne quelques trucs et astuces


La bonne manière de faire passer le désherbage, c'est d'abord de faire voter une délibération qui autorise explicitement cette pratique de façon continue, sans limite de durée dans le temps ni de quantité de documents éliminés. 
Cela demande un peu de pédagogie vis-à-vis des élus, mais une fois qu'on a fait comprendre tout ce qui précède aux bonnes personnes, ça passe. J'ai pas dit « les doigts dans le nez ».
Et on a enfin un outil de travail utile et pertinent.
Merci, non, pas d'autographe. Mon humilité en souffrirait.

Ensuite, étant donné que les bibliothécaires ont très rarement du temps à perdre, ils/elles ont besoin de se débarrasser rapidement de ces documents. 

Pour cela, trois solutions :
  • la plus politiquement correcte : trouver une association qui vient récupérer régulièrement les livres encore en bon état et pas trop obsolètes. Belle solution, mais attention : elle est quasiment impraticable. D'abord, parce qu'il n'y a presque pas d'associations qui se déplace pour récupérer les bouquins. En général, on doit leur apporter (et on a vraiment autre chose à faire de nos journées de travail). Ensuite, parce que les livres qu'on retire des rayons sont presque toujours soit en très mauvais état, soit obsolètes. Et enfin, parce ces associations cherchent souvent un certain type de documents que nous ne sommes pas souvent en mesure de fournir.
  • la plus efficace mais la moins bien perçue : on jette les livres abîmés dans les poubelles de tri ou on les fait amener à la déchetterie par les services techniques. Et oui, quand l’œuvre est importante, on la rachète !
  • la plus maligne : on met à disposition des usagers, toute l'année, une caisse de livres désherbés en bon état. Souvent, ils sont obsolètes, mais on a toujours des collectionneurs nostalgiques...
 
Bien entendu, nous ne vivons pas dans un monde idéal, et bien souvent on n'a pas le temps de désherber, ou pire, on n'a pas les moyens de racheter les documents qui méritent de l'être, ce qui nous freine très souvent dans nos opérations de désherbage.


A ce dernier argument, je répondrai ce qu'une sage bibliothécaire m'avait dit aux débuts de ma carrière : 

« Ma fille, rien n'est plus parlant qu'une étagère vide.
Si tu gardes des vieux bouquins pour avoir au moins un livre sur chaque sujet, tu peux être sûre de deux choses :
  1. lesdits bouquins ne sortiront jamais, parce qu'ils sont trop vieux (et souvent obsolètes, ce qui est très ennuyeux)
  2. comme ils remplissent les étagères, jamais un élu local ne te croira quand tu diras que la bibliothèque a besoin de plus d'argent pour acheter des nouveaux documents.
Donc, vide tes étagères de tous les livres qui n'y ont plus leur place ».


Sur ces bonnes paroles, je vous laisse méditer, et je m'en vais continuer à désherber.

jeudi 1 mai 2014

Marronnier des bibliothèques [1] : la période post-électorale

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Qu'est-ce qu'on rigole en ces temps de renouveau électoral ! 
On le sait, plein de communes de gauche sont passées à droite, voire plus à droite. L'inverse a été parfois vrai. 
Bref, nous autres bibliothécaires territoriaux nous retrouvons bien souvent avec une nouvelle équipe de conseillers municipaux à... comment dire... hum. Former.

Oh, les nouveaux élus pensent devenir gestionnaire de la commune, ainsi qu'il est de leur rôle légal et démocratique ? 
Nous, nous savons que nous allons devoir les gérer, avec doigté, histoire qu'ils ne fassent pas trop de conneries. 

Je vous vois sauter au plafond, là bas, au fond à droite. A gauche aussi d'ailleurs. Tiens, tout le premier rang a les cheveux dressés sur la tête. Serais-je en train de dire tout bas ce que personne n'a le droit de penser tout haut ? (Comprenne qui voudra).
En fait, ce que je dis, là, c'est ce qu'une majorité d'agents territoriaux pensent des élus qui les cornaquent. Pas les chefs de service, hein, ils sont plus intelligents que ça. Ou du moins, s'ils le pensent, ils ne le disent pas.
(Les élus pensent la même chose de nous). 
(Les relations entre les agents des services de la collectivité et les élus ne sont pas toujours roses). 
(C'est un euphémisme).


Eh oui. La démocratie appliquée est loin d'être aussi utopique que l'idée qu'on s'en fait. Déjà au 4e siècle avant JC, nos amis les Athéniens, inventeurs de la démocratie, devaient payer les citoyens pour qu'ils viennent au débat sur l'Agora, à peine un siècle après l'invention du système. Ce n'est pas joli-joli, ça, n'est-ce pas ?


Pour en revenir à nos moutons, les bibliothèques publiques sont plongées dans une situation paradoxale, et parfois ubuesque. 

Elles sont l'émanation de la volonté politique, c'est à dire du peuple, puisque nous sommes en démocratie. Elle sont nées soit de volonté nationale (bibliothèque nationale, bibliothèques universitaires et départementales), soit de la volonté politique locale - les bibliothèques municipales et intercommunales.
Elles sont créées pour apporter à la population des services en matière de culture, d'information, de formation. Elles sont un lieu d'échange non-marchand. Pour autant, elles représentent un coût élevé pour la collectivité. Oui, oui, la culture a un coût :
  • L'entretien des bâtiments : chauffage, électricité, réparations et rénovations, achat et remplacement du mobilier.
  • Les fonds documentaires : livres, CDs, DVDs, ressources numériques, à renouveler dans une proportion de 10% chaque année. 
  • Le personnel : bibliothécaires, à former et reformer. Parce que le métier de bibliothécaire nécessite une mise à jour constante de ses savoirs-faire, en raison de la rapidité d'évolution des outils de médiation utilisés.
Bref, les bibliothèques naissent et vivent de la volonté politique, des souhaits des élus, de l'argent qu'ils veulent ou peuvent y consacrer.

Mais la gestion de ces bibliothèques est déléguée aux personnes compétentes. Un-e président de la République ou un-e Maire ne possède que rarement les qualités requises, et n'a pas le temps de s'en occuper de toute façon.
Ces personnes compétentes sont des bibliothécaires. Des gens dont c'est le métier. Qui se sont formés pour l'exercer, comme d'autres se forment pour devenir experts-comptable, ingénieurs informatique ou avocats. Bref, des spécialistes.
Comme ce sont des spécialistes, ils savent ce qu'il faut faire, ou ce qu'il ne faut pas faire, suivant le contexte.

Par exemple, un bibliothécaire sait très bien qu'un Maire d'une commune de 4000 habitants limitrophe d'une grande agglomération, qui souhaite faire de sa bibliothèque municipale de 400m² une bibliothèque patrimoniale avec silos de conservation à température et hygrométrie ambiante, parce qu'il ne veut pas entendre parler de désherbage et encore moins de pilon, ce bibliothécaire, disais-je, sait que le Maire se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'à la clavicule. Que son projet est intenable financièrement et qu'il n'a strictement aucune pertinence ni intérêt pour la population de la commune.

Autre exemple : un bibliothécaire qui travaille pour un territoire de 30 000 habitants, à qui les élus ôtent 40% du budget d'acquisition ou bien qui décident de ne pas remplacer un responsable de département dont le poste exige des compétences particulières, ce bibliothécaire sait que la bibliothèque file un très mauvais coton. Le public désertera ses murs en un temps record, faute de renouvellement suffisant des fonds ou de personnel qualifié pour effectuer des sélections et une programmation pertinentes. La bibliothèque va péricliter, entrant dans un cercle vicieux : moins de monde, donc moins de budget et moins de personnel, donc encore moins de monde... Et des habitants mécontents, quoi qu'il arrive.


Le bibliothécaire le sait. Mais l'élu nouvellement arrivé non seulement ne le sait pas, mais ne le croit pas. A cause du déficit d'image professionnelle dont nous souffrons (voir l'article précédent).
Pour chaque nouvel élu délégué à la lecture publique, un directeur de bibliothèque doit donc s'atteler à la tâche délicate de créer une relation de confiance suffisante pour faire en sorte que l'élu croie ce que le bibliothécaire sait.
Ubuesque, vous dis-je !


Comme évoqué en commentaire dans un précédent billet par mon bon ami Ferris, l'établissement de la confiance est la partie la plus essentielle des périodes post-électorales. 
Et à chaque nouvel élu, on recommence. On est en butte au mieux, à l'indifférence, trop souvent à l'incrédulité, et parfois à l'agressivité. 
Oui, parce qu'en plus, les élus sont rarement (et inexplicablement) usagers des bibliothèques.
C'est une situation d'autant plus exaspérante que si d'aventure l'élu finit par comprendre et faire confiance au personnel de la bibliothèque, il arrive qu'il ne puisse pas répondre à la demande. Et oui, on sait bien que l'argent ne sort pas de la botte du conseil municipal. On n'est pas idiots. Quoique.

C'est pourquoi, d'un point de vue personnel, je ne préfère pas être directrice de bibliothèque. J'enverrais trop facilement mon élu de référence s'éclater la tête contre le mur, après un croche-pied et un side-kick bien senti dans le bas du dos. Il faut faire preuve d'une patience et d'un sens de la pédagogie développés. Il faut avaler des couleuvres invraisemblables.

Alors, dites-moi, chers collègues directeurs de bibliothèque, comment parvenez-vous à tenir votre rôle sans jamais vous rendre coupable de meurtre sur les élus ? ...ou sur vos subordonnés qui, comme moi, adorent semer la merde.