Pages

samedi 13 février 2016

Bibliothécaire, c'est fatiguant



Il y a des blagues qui courent sur le métier de bibliothécaire, comme quoi c'est cool et pas fatiguant. Bon, ceux qui l'ont exercé savent qu'il peut être physiquement fatiguant dès la première semaine, entre les kilos de documents à déplacer, les horaires décalés et l'accueil des usagers.
Mais ce que les "autres" (qui ne sont pas des aliens, non, juste les personnes qui n'exercent pas notre métier) savent encore moins, c'est que c'est un métier psychologiquement fatiguant.


Travailler en bibliothèque territoriale, c'est épuisant. C'est frustrant. C'est énervant. C'est déprimant. Pour les habitués de ce blog, ce discours n'a rien de nouveau. Je passe ici mon temps à râler. Mais aujourd'hui, je suis fatiguée.
Je suis revenue au travail il y a quelques temps, après plusieurs mois d'absence. Durant lesquels je n'ai pas été remplacée : mes collègues ont apprécié... Ils se sont débrouillé, il fallait bien. Depuis que je suis revenue, d'autres collègues ont dû s'arrêter, plusieurs en même temps, problèmes de santé divers et variés, toujours pour deux mois au minimum. Non remplacés eux aussi. On tourne à 60% de notre effectif depuis longtemps. On galère. On tient bon face au public, on fait de notre mieux, on camoufle les trous, les insuffisances, le manque de temps, de compétences. On est polyvalent, on fait dans le transversal, de vrais petits soldats de la mutualisation. Mais on fatigue. Tous.

Il ne faut pas que ça se voit, alors on doit proposer une programmation culturelle comme si de rien n'était. Les animations, il n'y a que ça de vrai, de tangible, de montrable, de comptabilisable pour pointer les actions d'un mandat électoral. Alors, cahin caha, on bricole des trucs à la dernière minute, en urgence, comme si la vie d'un patient en dépendait. Alors que la vie, l'avenir de nos concitoyens, se joue réellement dans les services les moins "vendeurs" : les ressources que nous proposons, et la médiation que nous faisons de ces ressources (l'accueil du grand public, les formations et les accueils de groupes, les créations ou animations de communautés d'intérêt réelles et virtuelles, et j'en passe). Alors on court pour faire ce qui se voit, des trucs avec des discours, des petits fours et de la pub dans la feuille de chou locale, alors qu'on devrait oeuvrer pour améliorer ce qui ne se voit pas depuis le haut mais que les usagers, nos égaux, nos partenaires dans la vraie vie, reconnaissent : la qualité et la constance de nos services.

Je sais, mon raisonnement est sujet à argumentation, à critique ; bien sûr, nous sommes au service de la collectivité, pas d'une espèce d'idéal auto-généré de ce que devrait être la fonction d'un bibliothécaire. Mais je suis fatiguée. Fatiguée que ma réalité quotidienne soit aux antipodes d'une gestion saine et rationnelle d'une bibliothèque.
Je ne vois pas ce que je pourrais apporter dans mon métier si je ne me sens jamais en phase avec les missions et les tâches qui me sont assignées. Serais-je de l'espèce dinosaurus bibliothecus ? J'espère que non, vu mon âge, mais je le crains parfois.
Je ne sais pas vraiment quoi faire de ma vie, mais j'ai envie d'arrêter d'exercer mon métier.

Il y a quelques mois, j'ai vu une bibliothécaire pour laquelle j'ai beaucoup de respect jeter l'éponge et partir du métier. Dans les dernières heures, une autre bibliothécaire respectée, bien connue des réseaux professionnels, a exprimé son ras-le-bol et son désir de faire de même.

Arrêter. Me reposer. Détourner mon regard de cette petite dame qui s'accroche aux livres pour s'accrocher à la vie, de cette gamine qui fait ses devoirs chez nous parce que c'est là seulement qu'elle peut les faire sérieusement, de ce bébé qui rit à la lecture d'une histoire, de ce père de famille qui a besoin de nous pour transmettre son goût de la lecture à ses garçons, de ce vieil homme qui cherche ses repères dans une société où il est arrivé en tant que réfugié... Détourner mon regard de tous ces gens auxquels je m'attache, jour à après jour, dont j'aime tant voir le sourire s'épanouir sur leur visage, lorsque je leur sors le bon livre, la bonne référence, ou juste la bonne blague pour égayer leur journée ? Sérieusement ? Comment puis-je faire une chose pareille sans perdre mon âme ?

Je ne sais pas.
La bibliothécaire n'a pas la réponse, n'en déplaise à Neil Gaiman.

mercredi 20 janvier 2016

Le Web, les communs et la politique : un dialogue de sourds

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/2/2e/World_wide_web.jpg
Source : Wikimedia

L'actualité numérique est pleine de surprises, ces derniers temps. C'est un peu comme le nombre de personnalités décédées depuis le début du mois de janvier : un véritable festival. Et c'est malheureusement tout aussi affligeant.
(Oui, bon, j'avoue être plus touchée par la mort de Michel Galabru que par celle de Pierre Boulez. Désolée. Mais rien n'arrive à la cheville de la tristesse que j'ai ressentie à l'annonce de la mort de Bertrand Calenge).


Interdiction des liens hypertextes


J'apprends aujourd'hui que des députés veulent proposer un amendement à la loi en cours de débat sur le numérique. A lire ici. Ils proposent d'interdire l'établissement des liens hypertexte « sauf autorisation des ayants droit des contenus vers lesquels ils pointent ».


Et donc, il y a des députés qui ne connaissent pas l'histoire d'Internet (ou, « de l'internet », pardon. Ils n'ont vraiment que ça à foutre au parlement....) et plus particulièrement de la naissance du World Wide Web. Ce sont les liens hypertextes qui ont créé le Web, demandez à Tim Berners-Lee. 
Donc, ce que veulent ces députés, c'est la fin du Web. Soit disant pour protéger les droits d'auteur. Pour imposer un droit voisin, surtout, et monnayer l'accès aux contenus. 
Bref, bye bye la toile mondiale, bonjour les murs.

Le ministère contre les communs de la connaissance


Ce sont les mêmes députés qui lisent la recommandation du ministère de la Culture et de la Communication pour ne surtout pas privilégier les communs, communiqué à lire in extenso sur le site de la Quadrature du net. 
Grosso modo, le ministère explique aux députés que la création d'un domaine commun informationnel est, je cite « inutile, dangereuse, et inopportune ». 
Alors même que ses missions sont, je cite toujours « de rendre accessibles au plus grand nombre les œuvres capitales de l'humanité ». (source)

Une petite info, cher ministère de la Culture : « le 30 avril 1993, le CERN a mis le logiciel du World Wide Web dans le domaine public. Puis il a émis la version suivante de l’application sous licence libre afin d’accélérer sa diffusion. En donnant libre accès au logiciel nécessaire pour faire fonctionner un serveur web, ainsi qu’au navigateur et à la bibliothèque de codes associés, il a permis à la Toile de se tisser. » (source)
L'incohérence, ça vous parle ? Comme le dit très bien Neil Jomunsi :

Droits d'auteurs et domaine public


Pour ceux qui n'auraient pas suivi le feuilleton, Olivier Ertzscheid, maître de conférence en sciences de l'information, qui tient un blog très intéressant, s'en prend plein la tête depuis plusieurs semaines par le fonds Anne-Frank parce qu'il promeut l'entrée (ou l'élévation, au choix) du journal d'Anne Frank dans le domaine public. 
Et oui, notre petite Anne, qui a ému plusieurs générations de lecteurs avec son blog d'époque, est morte il y a 70 ans dans un camp de concentration. 
Mais le fonds veut faire admettre que son père Otto est co-auteur de l'oeuvre, et que son entrée dans le domaine public doit donc attendre 70 ans après sa mort à lui. Soit dans 40 ans.
Et donc notre maître de Conf' s'est pris des lettres de mise en demeure dans la tête et ne reçoit aucun soutien officiel. Surtout pas du ministère. Mais heureusement, l'honneur du métier est sauf, il en a de l'ABF.


Clavier adapté au français


Ce même ministère qui veut inventer un clavier plus adapté à la langue française que l'Azerty, alors même que ce clavier adapté existe déjà. Il s'appelle le bépo. C'est Slate qui nous le rappelle. 
Ou comment gâcher nos impôts avec en voulant créer des trucs inutiles au lieu de favoriser la diffusion de ce qui existe déjà.


PNB, le droit de prêt en bibliothèque


L'immobilisme forcené du ministère en ce qui concerne le droit de prêt numérique en bibliothèque se résume ainsi : chères bibliothèques, demerden sie sich avec vos amis les éditeurs qui pompent les ressources publiques avec des conditions et des tarifs prohibitifs. PNB, ce n'est viable que pour les plus grosses bibliothèques. Qui sont aussi les plus rares sur le territoire français.
Ce positionnement est dénoncé par l'ABF dans un communiqué, auquel la ministre a répondu. J'en rigole encore (jaune).
Je considère que c'est un non-sens absolu de refuser de faire pour les livres numériques ce qui a été fait pour les livres imprimés, à savoir créer par la voie législative une exception au droit d'auteur pour permettre aux bibliothèques de faire leur travail.


Bref, tu l'auras compris, cher lecteur, je suis très remontée contre le ministère de la culture et de la communication, et contre nos députés qui ne comprennent rien aux enjeux du numérique - ou qui décident de ne pas s'en mêler, de peur de faire le jeu de la majorité.
Vive la courte vue, l'opportunisme et la non gouvernance. 
A quoi sert un gouvernement qui ne gouverne pas, mais se contente de choisir quel lobby économique favoriser ?

Bon, je retourne dans ma tanière, où je vais me terrer pendant quelques mois. Bon courage, les gens, on est gouverné par des incapables (et je suis polie, comme le dit si bien Olivier Ertzscheid).

samedi 20 juin 2015

Le beurre, l'argent du beurre et le cul de la crémière

Cher lecteur, aujourd'hui, je vais te parler d'un truc qui m'énerve grave. Mais grave.
Oui, c'est mon vilain défaut : je râle beaucoup en ces lieux.


Avec le congrès de l'ABF à Strasbourg la semaine dernière, où l'on parlait des bibliothèques en tension, quelques articles sont parus qui tirent la sonnette d'alarme : les collectivités commençant à manquer sérieusement de moyens, elles ont tendance à prendre les bibliothèques pour des fusibles. Je t'invite à lire cet article de Livres Hebdo, ainsi que cet article d'Archimag sur la question.
C'est une évidence : l'effet bénéfique de l'activité des bibliothèques sur un territoire est très long à évaluer, beaucoup, beaucoup plus long qu'une durée de mandat électoral. Pendant ce temps, les recettes publiques fluctuent très vite, et trop souvent vers le bas. Bref, les bibliothèques sont les boucs émissaires idéaux.

C'est un constat amer pour la lecture publique en France, mais tant qu'on n'a pas de solution, on essaie d'être pragmatique et de faire avec. Et donc, de redéfinir les objectifs en fonction des moyens. Si les moyens baissent, les objectifs diminuent. C'est mathématique.

Sauf que bizarrement, nous connaissons tous, nous bibliothécaires, des cas où la logique mathématique est mise en échec par la logique politique.

Aujourd'hui, ami lecteur, je vais donc te citer en exemple un cas concret qui, lorsque j'en ai pris connaissance, m'a mise hors de moi. Quand je dis que je suis atrabilaire...

En  2014, une petite bibliothèque perd un temps plein : une bibliothécaire part vers d'autres contrées, et la collectivité refuse de la remplacer, afin de faire des économies sur un budget en crise. Très difficile à avaler, vu que la bibliothécaire partie avait des compétences uniques dans l'équipe.
Mais soit. L'argent public ne pousse pas sous le sabot d'un cheval.
En 2015, une autre bibliothécaire du même établissement part 6 mois pour cause de maternité. Et oui, ces fichues bonnes femmes, hein... Quelle idée de faire des gosses et de ne pas être capable de les pondre en 2 semaines ! Bref, annonce faite de sa grossesse, l'équipe apprend qu'elle ne sera pas remplacée durant son absence. Un temps plein en moins sur la moitié de l'année. Elle aussi a des compétences importantes pour l'équipe. M'enfin, on s'en fout, hein, il y a des indispensables plein les cimetières.

Malgré tout, l'équipe, pleine de bonne volonté, a réfléchi depuis quelques temps à un problème de service public et propose un projet à la ville : ne plus fermer la bibliothèque durant l'été, afin de ne pas léser les habitants qui ne partent pas, avec en échange un aménagement horaire qui diminue le nombre de jours d'ouverture par semaine. 

Plusieurs objectifs parallèles sont en jeu :
- sur la totalité de la saison, le nombre d'heures d'ouverture au public augmente significativement et la bibliothèque propose une continuité dans le service public : deux objectifs orientés public
- la réduction du nombre de jours d'ouverture par semaine autorise l'ouverture de petits chantiers, jusqu'ici impossible, qui visent à améliorer la lisibilité des services de la bibliothèque auprès du public (reprise de signalétique, réorganisations spatiales, inventaires partiels, projets divers, etc.) : un objectif interne dont la finalité va au service public.
Cette réduction du nombre de jours offre également un moyen de faciliter la gestion des congés estivaux. Jusque là tous les agents prenaient leurs vacances pendant la fermeture de la bibliothèque (congés imposés), mais avec la nouvelle proposition, les 3 semaines obligatoires doivent désormais se tuiler harmonieusement sur toute la période estivale. D'où la nécessité d'alléger un peu les activités qui mobilisent beaucoup de personnel.
 
Cette proposition, je le répète, vient des bibliothécaires eux-mêmes. Des professionnels responsables et concernés, on peut le supposer, qui ont pensé à tout en fonction des moyens dont ils savent disposer.

Alors, attention, ami lecteur, sois bien attentif à la résolution de cette affaire : la collectivité accepte avec joie et empressement la proposition visant à ouvrir la bibliothèque tout l'été, avec mise en oeuvre immédiate.
Et refuse tout net "pour des raisons de service public" celle de diminuer le nombre de jours d'ouverture.
Mais elle ne s'arrête pas en si bon chemin : alors même que l'équipe souffre cet été d'un sous-effectif flagrant, elle exige des bibliothécaires que le seul jour où la bibliothèque est fermée au public, deux agents soient envoyés pour la première fois sur une nouvelle animation hors les murs, chaque semaine durant tout l'été. 
Non seulement l'objectif interne tombe à l'eau, mais le travail des bibliothécaires est alourdi par cette nouvelle mission. Sans contrepartie, hein, il n'y a pas d'embauche estivale.

Dis-moi, ami lecteur, où est la logique ? Moins de personnel, plus de services... Comment veux-tu que les bibliothécaires vivent bien cette situation ? Qu'ils se sentent soutenus, écoutés et encouragés dans leurs initiatives quand on les "remercie" de cette façon ? Est-il humainement possible de ne pas se sentir exploité, floué, et méprisé ? Pour parler cru, de ne pas être pris pour des cons, quand on voit les abysses qui se creusent entre les objectifs et les moyens ?

Moi, en tout cas, je crois que si j'étais à leur place, je jetterai l'éponge. Mais heureusement, je ne suis un exemple pour personne...

Les bibliothèques en tension ? Oui, et pas loin de l'explosion. Il n'y a qu'à voir le nombre de bibliothèques qui se mettent en grève depuis quelques temps. C'est la première fois depuis longtemps qu'une telle vague se produit. A la lumière du petit exemple que je viens de donner, encore loin de situations tellement plus dramatiques ailleurs, il ne faut pas s'en étonner.

Je te renvoie, ami lecteur, vers ce manifeste que l'ABF a mis en ligne tout récemment et qui explique une fois encore à quel point il est important de ne pas laisser tomber les bibliothèques -  et les bibliothécaires. Il rappelle, entre autres que « Diminuer les effectifs c’est réduire les services rendus à la population » et que « La qualité des services rendus est notamment conditionnée par l’emploi de personnels qualifiés.»

A bon entendeur, salut.


mercredi 1 avril 2015

A quoi peuvent bien servir les collections dans les bibliothèques territoriales du 21e siècle ?


https://interpretelsf.files.wordpress.com/2013/06/couteau-suisse-multifonction-victorinox-ranger.jpg
Les missions des bibliothèques du XXIe siècle ont considérablement évolué. 

De nos jours, une bibliothèque municipale ou intercommunale n'est plus une épicerie à livres, dans laquelle on entre, on se sert et on repart. C'est un lieu de rencontres, de services et d'échanges (oui, il y a des toilettes pour faire pipi, mais pas seulement).

Je vais citer - une nouvelle fois - Anne-Gaëlle Gaudion, bibliothécaire de la région parisienne, qui postait récemment le message suivant sur un réseau social à propos de ce que devaient être ces missions : 
« ... (ne plus être des bibliothèques de prêt, mais des bibliothèques de loisirs et/ou des bibliothèques inclusives, tout en intégrant la dimension numérique). Je rencontre malheureusement trop souvent des bibliothécaires qui ne veulent pas qu'on touche à leurs collections imprimées alors qu'une minorité les consultent et les empruntent ... »
Source : Facebook
 
Je suis en grande partie d'accord avec cette assertion. Les collections en bibliothèque territoriale n'ont pas à être conservées ad vitam æternam pour le seul principe de leur existence. Ne serait-ce que parce que d'autres bibliothèques se chargent de la conservation (la Bibliothèque Nationale de France, ses Pôles associés et les bibliothèques patrimoniales).

Et même, pour aller plus loin, voyons donc cette citation tirée d'un forum bien connu :


« Est-il suffisant pour un musée, une bibliothèque ou un centre d'archives de posséder une collection importante de documents ou d'objets d'art pour atteindre le public le plus large ? »


En réponse à cette question, Bernard Majour, contributeur bien connu d'Agorabib et commentateur émérite sur un certain nombre de blogs professionnels, répond :
 
« Ce n'est pas la collection importante de documents ou d'objets qu'il faut prendre en compte, mais la qualité de l'équipe en charge de cette collection. »  
Source : Agorabib



Une réponse que j'approuve absolument. Je l'ai assez répété ici ou là : c'est le bibliothécaire qui fait la qualité du service, pas le contenu de la bibliothèque.

Mais dans ce cas, à quoi cela peut-il bien servir de continuer à prendre soin des collections dans une bibliothèque aujourd'hui ?

Dans un article précédent, en commentaires, j'ai dit à un·e internaute que l'important n'était pas forcément la quantité de documents que nous mettions à disposition des usagers, mais leur pertinence. Pour une raison toute simple : la quantité ne dépend pas de nous, puisque nous ne sommes pas les bailleurs de fond (quoi qu'on en aie, mais c'est un autre sujet...). En revanche, la pertinence est entièrement de notre ressort.

La collection, c'est un outil, pas une finalité. Cet outil sert à rendre des services aux usagers. C'est un outil parmi d'autres, qui aide le bibliothécaire à effectuer ses missions.

La collection étant un outil, elle nécessite de l'entretien. Comme une voiture ou une presse à injecter. Notre rôle est d'en prendre soin. L'affûter, pour la rendre plus tranchante. La rénover, toujours. La gratter et la polir pour enlever la rouille et faire en sorte qu'elle revienne moins vite. Augmenter son efficience en la rendant aussi multifonction que possible. Bref, nous devons nous en occuper, car un outil rouillé, ébréché et vieillot ne sert plus à personne. Et devient, pour le coup, bon à jeter.

Je prends la peine de préciser cela car la tendance lourde des bibliothèques territoriales aujourd'hui est de passer la majeure partie de son temps de travail sur les autres missions : programmation culturelle, co-construction de projets, accueils et intervention auprès des groupes spécifiques, services diversifiés aux publics durant les heures d'ouverture, qui sont toujours plus étendues (qui n'a pas entendu parler de l'amendement d'Aurélie Filipetti sur l'ouverture des bibliothèques le dimanche introduit dans la loi Macron ?). Cette tendance répond à une nécessité, aucun doute là dessus.

Mais ce que je déplore, moi, c'est que le temps passé à travailler sur les collections s'est tellement réduit dans les équipes de bibliothécaires que lesdites collections finissent par devenir en grande partie inutiles, car inutilisées, faute de pertinence et d'adaptation aux besoins réels des publics. 
Alors même que les outils de gestion de collection, nos fameux SIGB, sont de plus en plus performants et nous permettent de faire des miracles difficiles à réaliser il y a encore dix ans.

Je considère que cette propension à l'inutilité ne provient pas de la nature des supports, qu'ils soient papiers ou numériques, et encore moins du désintérêt supposé des lecteurs pour les fonds d'une bibliothèque.
Le lecteur est intéressé par ce qui lui parle, ce qui lui est utile. Si la médiathèque lui propose des services qui entrent dans cette catégorie, quel que soit le support de médiation du service, il sera intéressé. Le tout est de lui proposer une ressource pertinente, qui réponde rapidement et exactement à ses attentes, exprimées ou non.
Si on met dans les mains d'un môme qui cherche des infos sur l'histoire des mathématiques un livre, ouvert au chapitre qui parle de cela, il passera par dessus sa répulsion instinctive du support papier* pour lire le contenu, parce qu'il contient la réponse à sa question.

Bref, on pourrait se dire que je sors tout droit des années 1970 ou 1980, à donner l'impression de m'orienter collections plutôt que publics. En tout cas, je sais que c'est ainsi que je suis perçue par mes supérieurs hiérarchiques, pourtant plus âgés que moi (oui, je suis la plus jeune de mon équipe). Pourtant, j'ai beau m'interroger sur mes pratiques, je n'ai pas la sensation d'être à côté de la plaque, parce que quand je m'occupe de mes collections - enfin, quand j'ai le temps - , je pense d'abord et avant tout à mon public, réel et potentiel.

Alors, dis moi, cher lecteur, qu'en penses-tu ? Suis-je, ou ne suis-je pas [à côté de la plaque] ?




* ne riez pas, j'ai rencontré ce cas récemment chez une collégienne qui a presque sursauté d'horreur à l'idée d'ouvrir un livre en papier pour ses recherches. D'ailleurs, un collègue a tiré profit de cette anecdote pour écrire un article très intéressant sur la recherche d'informations validées sur Internet.

mardi 3 mars 2015

Pauvre petite bête égarée







« Je trouve un peu fort de Clooney qu'on essaie de me faire entendre que le nom donné par mes parents à ma naissance n'aura été qu'un provisoire pis-aller en attendant que la pauvre petite bête égarée se soit trouvée un maître affectueux. »
Source : http://blog.francetvinfo.fr/ladies-and-gentlemen/2012/12/20/je-nai-pas-de-nom-de-jeune-fille-jai-un-nom-et-puis-cest-tout.html
Je salue bien bas cette petite phrase de l'auteure du blog Ladies and Gentlemen. Je n'aurais pu faire mieux.


Aujourd'hui, nous allons donc parler des noms de famille.

La grande majorité des gens ignore totalement un fait simple : le nom que nos parents nous donnent à notre naissance reste notre nom toute notre vie.
Que nous décidions de nous marier, ou pas.
Que nous soyons une femme ou un homme.
Que nous épousions une femme ou un homme.

La loi française sur les noms de famille indique que le nom de naissance est le nom légal de tout individu, et qu'il est possible de porter en sus un nom d'usage, en cas de mariage. Ce nom d'usage peut être notre nom associé à celui du conjoint, ou être celui du conjoint seul. Et ce, dans tous les cas de figure, que l'on soit de sexe mâle ou femelle.
Mon ami le site ServicePublic.fr indique clairement la chose : « Après le mariage, chaque époux a la possibilité d'utiliser le nom de l'autre. Cette utilisation d'un nom d'usage est totalement facultative et n'a aucun caractère automatique. »

C'est simplissime, n'est-ce pas ? 
Mais alors, dites-moi, comment se fait-il qu'une fois sur une - dans le meilleur des cas, neuf fois sur dix - les gens m'appellent par le nom de mon époux ?
Comment se fait-il que 90% des femmes que je connais considèrent que changer leur nom au mariage est une évidence, une chose qui va de soi ?
Comment se fait-il que lorsqu’on les interroge sur le pourquoi de cette habitude – en admettant qu’elles se soient posé la question et qu’elles sachent que c’est une habitude et non une obligation -, elles répondent avec ferveur que c’est une preuve d'amour pour leur époux ?...
... Si cette assertion reflétait la vérité, on pourrait sans conteste affirmer que presque tous les hommes n'aiment pas leurs épouses, puisqu'ils ne portent pas leurs noms. Un peu « fort de Clooney », n'est-ce pas ?
Alors, bon sang, pourquoi ?


Et bien, je vais vous dire pourquoi (comme disait l'autre) : parce que la société française est basée légalement, historiquement et socialement sur le code civil de Napoléon, pondu au début du 19e siècle. Et que ce code civil, tout révolutionnaire qu'il fût dans d'autres domaines juridiques, était d'un sexisme confondant.
La femme, dans le code napoléonien était une mineure légale en toute circonstance (sauf en cas de veuvage...) et restait sous la tutelle juridique de son père, son frère ou son mari toute sa vie. Elle n'avait aucun droit sur ses biens propres, qui passaient des mains de sa famille à celles de son époux, et ne pouvait rien accomplir sans l'aval de son tuteur légal.
Jusqu’aux années 1970, grosso modo, une femme ne pouvait pas travailler sans l’autorisation expresse de son époux, et si elle le faisait, elle ne pouvait ouvrir de compte en banque ni gérer l’argent qu’elle gagnait sans cette même autorisation.
D’où ce changement de nom au mariage : puisqu’une femme n’était jamais majeure aux yeux de la loi, elle devenait, si ce n’est la propriété (ne poussons pas…), du moins la pupille de l’homme qu’elle épousait.


Continuer à remplacer son nom de naissance par le nom de son mari aujourd’hui, sans y réfléchir ne serait-ce que quelques minutes, est à mes yeux une perpétuation incompréhensible de cette aliénation.

Je connais deux couples mariés dans lequel les deux époux portent les deux noms. Et sur les deux couples, l'un est homosexuel (merci de montrer la voie !). Je connais un seul autre couple marié semblable au mien, où les époux portent chacun leur nom respectif. Mais ces exemples restent encore trop rares, alors que c'est cette variété de situations qui devrait être la norme, et non le port systématique du nom du père pour tous les membres d'une même famille.

Je connais une femme, une seule, qui a réfléchi avant de porter le nom de son époux en nom d’usage. Elle avait une raison de le faire, qui n’appartient qu’à elle et ne regarde personne,  mais elle avait une raison. Une seule femme sur toutes celles que je connais…


Quand mes interlocuteurs apprennent donc que mon nom est le mien (ô stupéfaction !), il se passe des choses intéressantes :
1.      Ils demandent : « ah ? Vous n’êtes pas mariée ? »... Accablé En général, si le sujet est entré dans la conversation, c'est qu'il y a forcément un moment où j'ai précisé que je ne portais pas le nom de mon mari... De plus, je porte une alliance. D’accord, ça ne veut rien dire dans l’absolu, mais c’est tout de même explicite (surtout que je ne porte rien d’autre aux doigts). Je ne vais quand même pas me balader avec un extrait d’acte de mariage toute la sainte journée.... J’ai expérimenté pendant plusieurs années le fait de me voir nommée Mademoiselle dans les courriers et ordonnances d’un médecin qui n’a jamais voulu entendre que j’étais mariée sans changer de nom. La mention Madame n’est apparue dans ses écrits qu’avec la disparition officielle du Mademoiselle.

2.      Ils s’exclament : « Pourquoi ne voulez-vous pas prendre le nom de votre mari ? ». Ce à quoi je réponds invariablement : « Pourquoi ne demandez-vous pas à mon mari pourquoi il n’a pas pris mon nom ? ». Ce qui a le mérite de clouer le bec à une partie d’entre eux. Si ça intéresse quelqu’un, mon mari ne l’a pas fait parce qu’il ne voyait pas pourquoi il porterait un autre nom que le sien. Comme c’est étonnant, mon argument est le même ! Mais quand il s’agit de lui, tout le monde trouve cela normal. Quand il s'agit de moi... Mon propre père a été choqué d'apprendre que je continuerai à porter mon nom. Bon, quand je lui ai demandé si cela ne lui faisait pas plaisir que je perpétue le sien, il n'a plus rien dit... (Gniark gniark !).

3.      Ils conseillent, tout fiers de leur supposée modernité : « Vous pourriez porter les deux noms. » Certes, je pourrais. Mon mari le pourrait aussi. Il ne le fait pas… Moi non plus.


J'ai une anecdote personnelle qui date d'il y a quelques semaines à peine. Je présente à l'entrée d'un hôpital pour mon inscription, trois papiers : ma carte vitale, ma carte de mutuelle et ma carte d'identité. Mon nom est indiqué sur les trois papiers, et sur l'un d'eux seulement est mentionné, en sus et à titre d'information, le nom de mon mari. Devinez sous quel nom j'ai été enregistrée à l'hôpital ?
...
Oui. Celui de mon mari.

Alors qu'on ne vienne pas me dire que je reviens à de vieilles badernes et que le sujet n'a plus lieu d'être. Je suis la première surprise de la nécessité de revenir sans cesse dessus.
J'existe socialement, politiquement, économiquement par moi-même. Je suis responsable de mes actes, et je les assume.
Oh, je vois d'ici les détracteurs : tu n'aimes pas les hommes et tu penses pouvoir vivre sans eux, Bouille, espèce de sexiste misandre. Ben, non, en fait, j'aime les hommes. Beaucoup même. J'aime travailler avec eux, déjà, plus qu'avec les femmes. Et puis je les aime pour d'autres raisons, dont certaines n'ont pas à être évoquées en ce lieu public... Et je ne pense pas pouvoir vivre sans l'autre moitié de l'humanité.
Vivre sous la coupe de l'autre sexe, c'est cauchemardesque. Vivre sans lui, c'est épouvantable. Vivre avec lui, c'est la plus belle chose qui existe.


Chaque homme et chaque femme est libre de faire comme bon lui semble. La seule condition que j’y mettrais, c’est de se donner la peine de réfléchir à la question. Quelle image veut-on donner à nos proches, à nos enfants ? Que veut-on transmettre aux générations qui viennent ?

Alors, cher lectrice, cher lecteur, s'il te plaît, si toi ou un de tes proches décide de se marier, réfléchis - y. Pense à ta place et à celle de l'autre dans notre société, à l'image que tu donnes de toi et de ton genre au reste du monde. Et prends ta décision en connaissance de cause... et de conséquence.

jeudi 21 août 2014

Naissance d'une féministe

La galère. Dans tous les sens du terme.

Le féminisme n'est pas une maladie. C'est une prise de conscience. 
Qui vient soit naturellement aux gens intelligents, soit après un incident particulièrement marquant.

A l'âge de quinze ans, je passais quelques jours de vacances à bord d'un très beau catamaran amarré dans un port atlantique français. Ce catamaran était presque complètement équipé, et la première sortie d'essai officielle allait avoir lieu très vite. Parce que le capitaine responsable de l'équipement final du navire était de ma famille, nous avions pu y séjourner. Quelle chance !

Par ailleurs, ledit capitaine possédait dans le même port un petit voilier monocoque, avec lequel il nous avait régalé d'une sortie en mer. Bref, tout se passait pour le mieux dans le meilleur des mondes.
Jusqu'au jour où la sortie officielle du catamaran eut lieu. Cette sortie se faisait en présence des huiles, les armateurs et propriétaires du bateau. En tant que parasites familiaux, notre place n'y était pas, naturellement. Nous restions donc à terre le temps de cette sortie.
Sauf que.

Sauf que mon frère fit cette sortie. 

Pourquoi ? Parce qu'il était plus âgé et qu'il pouvait passer pour un marin embauché pour l'occasion ? Non, il est plus jeune que moi.
Parce qu'il s'était caché dans un coin et s'était fait oublier le temps de la sortie ? Non, il était sur le pont comme tout le monde. Sage et silencieux, mais parfaitement visible.
Vous savez pourquoi il a eu le droit de monter sur ce bateau ? 
PARCE QUE C'EST UN GARÇON.
Le capitaine m'a expliqué qu'il pouvait monter parce que qu'il ne dérangerait personne, alors que moi... Moi quoi ? 
Moi, je suis une fille. Et la seule femme qui avait le droit de monter sur le catamaran ce jour-là, c'était sa compagne, titulaire d'un brevet de capitaine en bonne et due forme. 
Parce que les femmes, sauf exception tout juste tolérée, n'ont pas leur place sur les navires.
Pour l'anecdote, ma mère est également restée à terre ce jour là. Mon père eût été présent, nul doute qu'il serait monté à bord.

Ce jour là, je fis ma plus grosse crise d'adolescence. Je partis durant des heures pour pleurer, tempêter et déprimer dans un coin sombre. Ma mère me chercha partout, et ce fut sans doute la seule fois où je lui donnai du fil à retordre.


Cette histoire m'a marquée pour la vie. Parce que je ne m'y attendais pas le moins du monde. Pour moi, il était évident que nous n'avions rien à faire sur ce navire le jour de sa sortie officielle, et que donc, tout le monde restait à terre. 

Rien ne m'aurait permis de penser qu'il y aurait deux poids et deux mesures sous prétexte qu'une partie d'entre nous était dotée des seins et l'autre, de testicules.

Lorsque je me penche sur les raisons de mon féminisme, tout me ramène à ce souvenir. L'injustice la plus profonde. L'iniquité la plus criante, au sein de la même famille. Pour quoi ? Pour un sexisme millénaire basé sur des croyances moyenâgeuse (pardon le Moyen âge). Une honte absolue.


Alors, dans ce blog de bibliothécaire, vous trouverez aussi, de temps à autres, des articles sur ce sujet, sous le libellé "féminisme".

samedi 26 juillet 2014

Acquisitions des compétences : billet de (mauvaise) humeur


Dans le monde, il y a des gens intelligents. 
Et puis, il y a moi.
S'il m'arrive parfois d'avoir des éclairs de lucidité, je suis aussi capable de devenir une insupportable pécore, hautaine, prétentieuse et condescendante. Foncièrement stupide. Si, si.
Tout simplement parce que je n'arrive plus à supporter que la majorité de mes collègues ne maitrisent pas les bases du métier.

Quand je parle de bases, je parle de bases.
Faire une recherche documentaire en connaissant l'usage et l'utilité des troncatures, des opérateurs booléens, des vedettes matière, les filtres. En sachant ce qu'est le bruit et le silence, comment on y arrive et vers quoi il vaut mieux tendre en fonction de la recherche que l'on fait.
Savoir expliquer aux usagers comment utiliser un catalogue informatisé, un portail, ce qu'ils peuvent y faire.
Couvrir un livre. Oui, j'ai une collègue qui est incapable de faire cela après plusieurs années de travail en bib. Pas faute d'avoir essayé de lui apprendre.
Je ne parle pas de veille ou de politique documentaire, de programmation culturelle et de partenariats, hein. Juste la base.

Bref, ces gens qui ne savent rien, je commence toujours par les encourager, les aider, les former, les supporter (dans tous les sens du terme), mais à la fin, je n'en peux plus. 
Parce qu'on n'arrive pas à avancer. Le moindre chantier qui, dans une équipe de bibliothécaires de métier, prendrait une semaine, peut se transformer en usine à gaz de plusieurs mois, tout simplement parce que la moitié de l'équipe ne sait pas de quoi on parle, et encore moins pourquoi on le fait.
Je deviens une espèce de monstre de glaciale indifférence qui, de l'avis général - même le mien - se croit tout droit sorti de la cuisse de Jupiter. Incapable de s'adapter aux champs d'intérêts et aux compétences propres de mes collègues. Cela parce que nous ne parlons tout simplement pas le même langage.

Je dois m'adapter ? Oui, bien sûr. Mais pourquoi serait-ce toujours et systématiquement à moi de faire le chemin ? Suis-je donc dans mon tort de considérer comme normal que les bibliothécaires doivent savoir faire un travail de bibliothécaire ?

Je ne parle pas des autres corps de métier intégrés volontairement dans les bib, dont les missions ne sont pas les mêmes. 
Je parle de ceux, évoqués dans cet article, qui sont parachutés en bib sans savoir ce qui les y attend, en lieu et place de professionnels.

En tenant ce discours, j'ai l'impression d'incarner une mouvance traditionaliste, régressive et réactionnaire de notre métier. Le FN des bibliothèques, quoi. 
Cela me rend malade. Parce que je ne suis pas FhaiNeuse. 
Je sais, d'expérience, tout le bien que peut apporter un collègue issu d'un autre métier.
Mais trop, c'est trop.

Si sur ma fiche de poste, comme sur celles de mes confrères et consoeurs expérimentés, il était indiqué que nous passons 20% de notre temps de travail à former nos collègues débutants, je me porterai mieux, mes collègues se porteraient mieux, les services que l'on rend au public se porteraient mieux. Tout le monde serait content.
Sauf que, quelle bibliothèque aujourd'hui peut s'offrir le luxe de payer un bibliothécaire à former ses collègues en continu ? Laissez-moi répondre : à peu près aucune.

Aujourd'hui, je suis découragée. Je n'ai plus envie de travailler en bibliothèque.
Je me déteste, pour les sentiments que j'éprouve envers des gens qui n'ont rien fait de mal (ils n'ont juste rien fait).
Je suis détestée, parce que je ne peux pas m'empêcher de dire ce que je pense du manque de qualifications de mes collègues. Il ne s'agit ni de les insulter personnellement, ni de les rabaisser, mais de souligner, à chaque fois, à quel point on manque de compétences et combien cela coûte au service rendu à la population.

Bref, vous l'aurez compris, ce billet est un ramassis des pleurnicheries d'une fille qui se lamente sur son sort. Passez donc votre chemin.
Ah, c'est fini ? Tant pis pour vous... ;)



Pour s'informer un peu plus intelligemment sur la question de l'acquisition des compétences en bibliothèque, je vous conseille différentes ressources venues tout droit du dernier congrès de l'ABF, dont le thème était justement « Nouveaux profils, nouvelles compétences » :
  • la présentation slideshare de Dominique Lahary sur "Le métier, les métiers, les formations pour être bibliothécaire", éclairante sur la stupidité abyssale des modalités d'accès aux métiers des bibliothèques,
  • la vidéo de la conférence intitulée Comment acquérir les compétences, avec de gros morceaux d'Anne-Gaëlle Gaudion et son extraordinaire sens pratique dedans, pour faire acquérir des compétences en jeu vidéo aux bibliothécaires qui n'y connaissent rien,
  • ainsi que la table ronde animée par Lionel Dujol (Lioneeeeeeel !*) dans « Les sujets qui fâchent », La politisation des rapports professionnels, où de nombreuses personnes ont témoigné de leurs expériences parfois ubuesques dans leurs rapports avec les politiques, et aussi aux solutions qu'ils ont pu trouver. A 1h 13mn et 20 secondes, les voyeurs (ou plutôt entendeurs), pourront d'ailleurs voir à quoi je ressemble. Vocalement.

*ceci est le cri de la Bouille dans la nuit, à la recherche d'une médiation numérique digne de ce nom en bibliothèque